« 23 juillet 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 65-66], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12029, page consultée le 24 janvier 2026.
23 juillet [1845], mercredi
matin, 9 h.
Bonjour, mon Toto chéri, bonjour, mon cher amour bien aimé, comment
vaa ton bras ce
matin ? J’espère que ce vilain temps brumeux et froid n’aura pas empêché
la douleur de s’en aller, car elle était en train de s’en aller hier,
bien qu’elle te fît autant de mal qu’auparavant et plus encore
peut-être.
J’ai rêvé de toi toute la nuit, mon adoré, mais je dois
avouer que c’était des rêves fort tristes comme tous ceux que je fais.
Cependant, mon Victor chéri, il est impossible d’être plus doux, plus
charmant et meilleur que tu n’es avec moi dans la réalité. Je ne
comprends pas pourquoi tous mes rêves sont empreints de cette horrible
tristesse. C’est absurde et je m’en veux presque.
Mon Victor bien
aimé, je ne sais comment te remercier de tout ce que tu fais pour ma
fille. Je ne peux pas t’aimer davantage parce que c’est impossible.
Aussi je ne trouve rien à ajouter dans mon amour à toutes les nouvelles
bontés que tu as pour moi et pour ma grande fillette. Je ne peux que
continuer à t’aimer de tout mon cœur comme je l’ai fait jusqu’à
présent.
Je trouve comme toi, mon Toto, qu’il est très heureux
d’avoir la ressource de M. Dumouchel dans le cas où Mme Marre ne serait
pas pour ma fille ce qu’elle doit être, mais, comme toi aussi, je trouve
qu’il serait inopportun de l’en retirer à présent sans un autre motif
que celui des appointements. Je crois plus prudent de la laisser le plus
que nous pourrons chez Mme Marre dont nous
sommes sûrs et dont nous connaissons l’intérieur honnête et paisible. Ma
fille plus que personne a besoin de vivre dans cette tranquillité
modeste. Et puis je t’aime, tu es mon Victor adoré.
Juliette
a « vas ».
« 23 juillet 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16360, f. 67-68], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12029, page consultée le 24 janvier 2026.
23 juillet [1845], mercredi après-midi, 2 h. ¾
Je t’attends, mon cher petit bien-aimé, est-ce que tu ne viendras pas
bientôt ? Ce n’est pas aujourd’hui jour d’Académie, vous pourriez très
bien venir lire vos journaux ou travailler auprès de moi si vous
vouliez. Je suis très impatiente de savoir comment va ton bras et très
désireuse de vous embrasser sur toutes les coutures de votre vieil
habit. As-tu soif ? Ton habit neuf est-il fait ? Veux-tu boire ? Quand
le mettras-tu ? Aimes-tu mieux la bière ? De quelle couleura est-il ? Si tu
aimes mieux l’eau rougie ? Est-il vert bouteille ? Ou si tu préfères
l’eau sucrée ? Ou vert d’eau ? Choisis, tu [le peux ?].
Je m’en rapporte à ton excellent goût pour avoir pris la nuance la plus
appropriée à ton état de fossile et d’immortel. Voime,
voime, porte-moi, souris-moi, embête-moi, laisse-moi
embrasser ton cou.
J’ai eu l’attention délicate de vous tailler
trois plumes et de vous mettre de l’encre toute fraîche. Nous verrons si
vous viendrez vous en servir. Ces attentions-là me réussissent presque
toujours en sens inverse. Aussi n’y suis-je pas trop portée. Enfin je me
suis risquée aujourd’hui dans l’espoir que le guignon avait le dos
tourné lorsque je les taillais, les plumes, et que je nettoyaisb mon
écritoire.
Cher bijou bien aimé, quand donc te verrai-je ? Je
voudrais savoir comment va ton pauvre bras. J’avais moi-même tantôt dans
le bras droit une pesanteur et une douleur si vive que j’ai eu toutes
les peines du monde à nouer mes cheveux. Du reste, je me suis forcée et
maintenant je ne sens plus la douleur. Malheureusement ce procédé ne te
réussitc pas comme
à moi, ce qui est fort ennuyeux. Je voudrais te voir, mon adoré, pour
savoir comment tu vas et comment tu m’aimes. Hâte-toi de venir, je t’en
prie, je t’en supplie.
Juliette
a « quel couleur ».
b « je nétoyais ».
c « réussis ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
